« Une nouvelle destination n’est jamais un lieu, mais plutôt une nouvelle façon de voir les choses »

Henry Miller

Il est presque devenu banal de rencontrer quelqu’un ayant déjà fait un long voyage. Quoi de plus normal que de passer 6 mois ou 1 an à parcourir notre planète Terre ? Évidemment, l’idée fait rêver depuis longtemps. Jules Verne a écrit le chef d’œuvre du « Tour du monde en 80 jours », mais ce n’est pas pour autant qu’il faut chercher à respecter ce délai. Pourquoi ne pas faire ce tour en 800 jours après tout ?!

Mourir demain

Parfois en voyage, on rencontre un routard enchaînant les bus, les avions, les visites… Il passe plus de temps à planifier son voyage qu’à le vivre pleinement. A ceux qui font ça, j’ai toujours la même question : comptes-tu mourir à ton retour pour vouloir faire tant de choses en un seul voyage ? Faire ce voyage n’est-il au final qu’une case à cocher sur la check-list des choses à faire une fois dans ta vie ?

Grâce à l’amélioration incroyable des moyens de transport et de communication, partir longtemps est devenu si facile aujourd’hui que ce n’est plus réservé à une catégorie d’hommes courageux n’ayant peur de rien. Des aventuriers un peu fous qui partaient sans savoir le nom des pays où ils allaient ni ce qui s’y trouvaient..! Ces hommes qui ont écrit des livres ayant façonné mon imaginaire et mes rêves. L’évolution a bien fait les choses et dorénavant, la plupart des gens peuvent le faire, même si la majorité en doute. Je ne remets pas du tout en cause cette accessibilité, bien au contraire puisque je ne pense pas que j’aurais eu le cran à l’époque de mettre les voiles sans aucun repère.

Ainsi, le voyage est devenu pour certains une simple étape dans la vie. Vous savez, ces choses qu’on a à faire absolument et qu’on nous rabâche depuis qu’on est petit : obtiens un diplôme, trouves un emploi stable, achètes une maison, maries toi et fais des gosses. A cette petite liste, on pourrait donc rajouter « fais un voyage ».

La course aux pays

De ce fait, lors de ce voyage, il faudrait faire le maximum de choses puisqu’après, le chemin tout tracé reprendra son cours. Donc on enchaîne les villes, les pays, les continents…le plus rapidement possible dans un tour du monde de quelques mois. D’ailleurs, une question que beaucoup de routards se posent entre eux est : « et toi, t’as fait combien de pays ? ». Comme si c’était une course, le but étant d’atteindre les 30, 50, 100…

J’ai cherché à comprendre les raisons de ce voyage en mode « consommation de masse », mais sans succès. Car ce type de voyage s’apparente bel et bien à engranger le maximum de souvenirs et de photos dans un temps restreint.

Le monde est fait de milles couleurs, de peuples différents, de cultures difficiles à appréhender pour nos yeux d’européens. Il faut du temps pour saisir les modes de vie, comprendre les traditions, essayer de s’y habituer… Bref, ça ne se fait pas en quelques semaines.

Slowly my friend

Cette adaptation demande du temps pour observer, rencontrer, échanger… Elle ne se fait pas au travers de son appareil photo et d’une vitre de bus. Les routards l’ayant bien compris sont ceux adaptes du slow travel : à pied, en vélo… Ces voyageurs sont pour moi une source d’inspiration.

Ces baroudeurs authentiques recherchent l’aventure, l’inconnu, l’imprévu… Je n’ai pas la prétention d’en faire parti puisque j’ai moi-même parfois cherché à aller vite dans certains pays (du fait de contraintes que je m’étais inventé au final…). Lorsque j’évoque ces voyageurs, je pense à l’inévitable Sylvain Tesson (le plus connu), mais aussi à Sarah Gysler (L’aventurière fauchée, auteure du magnifique livre « Petite ») ou encore Sarah Marquis…

Pour les futurs voyageurs

Bien-sur, chacun voyage comme il l’entend. Le voyage est synonyme de liberté et on s’affranchit de tout jugement des gens bien-pensants. Je ne veux pas jouer le rôle de moralisateur, mais je cherche juste à amener les futurs voyageurs à une réflexion.

En changeant de continent tous les deux mois, on a vu des beaux paysages certes, mais on n’a pas appris beaucoup ou compris de la population qui y vit. En plus, le voyageur est pris dans une spirale de la vitesse, avec des dates butoirs à respecter pour les avions, et ne peut plus prendre le temps de se poser dans un endroit agréable et de tisser des liens avec des locaux.

Voici donc mon conseil aux futurs voyageurs : vous avez toute la vie devant vous, de nombreuses occasions se présenteront pour faire des voyages, alors prenez votre temps ! Découvrez en prenant le temps d’observer, d’admirer, de comprendre et d’apprendre. Ne vous lancez pas dans un tour du monde vide de sens !