« Les lieux de mon âme sont les montagnes aux formes et aux couleurs pétries de gel. Le froid m’invite à vivre. La chaleur m’incite à fuir. »

Sylvain Tesson

Plusieurs destinations me tentaient pour ma semaine de vacances début octobre. Mon choix s’est finalement porté sur le massif du Canigou, dans les Pyrénées Orientales. Les prévisions météos étaient bonnes et je suis toujours autant aimanté par les montagnes !

Un trek de 4 jours existe pour faire le tour du Canigou, la montagne sacrée des Catalans.

Départ en voiture de Nantes le premier dimanche d’octobre. Après 8 heures de route, me voilà arrivé à Corsavy, un petit village en contrebas du refuge de Batère, le début de mon trek. Je passe une bonne nuit dans mon utilitaire aménagé.

Jour 1 : refuge de Batère au refuge de Saint Guillem

Distance : 18 km

Dénivelé : + 1 100 mètres / – 1 300 mètres

Durée : 6h45 (avec les pauses)

La route serpente jusqu’au refuge de Batère. Celui-ci a fermé deux jours avant mon arrivée, la saison touchant à sa fin. L’endroit est donc désert et assez austère. En effet, cet imposant bâtiment ne ressemble pas vraiment à un refuge. Il y a plusieurs années, les ressources de la montagne étaient exploitées par des mineurs, et Batère était leurs habitations. Une partie a été réhabilitée pour en faire un refuge, et le reste du bâtiment est à l’abandon. Les conditions de vie des mineurs ne devaient pas être faciles évidemment, mais au moins la vue depuis le bâtiment était jolie.

Tour du Canigou Batère

La première journée du trek se déroule principalement dans la forêt. Il n’y a pas de hauts cols à passer, mais un enchaînement de montées et descentes bien casse-patte. J’ai trouvé cette journée un peu dure pour une mise en jambe, et surtout pas très motivante car les paysages sont cachés par les arbres.

Le point positif est la possibilité de voir des animaux. En été, avec le nombre important de randonneurs, j’imagine que c’est plus compliqué, mais au mois d’octobre, je suis seul sur les sentiers (je n’ai croisé que deux randonneurs ensemble durant toute la journée !). J’ai vu des chevaux sauvages, un isard (le chamois des Pyrénées), et un sanglier ! Ce dernier m’a fait bien peur : il m’a entendu arriver et est sorti des fougères en courant à 20 mètres devant moi pour s’échapper. Et 5 minutes avant qu’il déboule, je me disais « c’est une belle forêt ici qui ferait un lieu idéal d’habitat pour les ours » !

Heureusement, des fois, on sort la tête de la forêt pour voir ce qu’il y a autour. La météo n’est pas parfaite aujourd’hui, avec une couverture nuageuse importante, mais c’était prévu et normalement le seul jour comme ça.

Tour du Canigou 1er jour

Au col de l’Estanyol, de nombreux pick-up de l’Office National des Forêts sont stationnés. Ils sont là pour entretenir les forêts et les sentiers j’imagine. Ils étaient deux avec une tronçonneuse et les dix autres assis ou allongés à causer ou dormir. C’est un métier qui me plairait ça !

Le sentier se poursuit sur les hauteurs avant de voir le refuge de Saint Guillem en contrebas. La journée se finit par une bonne descente dans la forêt, avec de très nombreux champignons (mais je n’y connais rien alors pas de cueillette pour éviter de faire un cadeau empoisonné au refuge !).

Le refuge de Saint Guillem se situe à 1 270 mètres. Il a une capacité de 40 personnes, mais ce soir, nous ne sommes que trois. Les deux autres randonneurs, un père et son fils venant d’Auvergne, dorment dans un dortoir et moi dans un autre. J’ai donc une chambre privée (et ça sera le même cas les prochaines nuits) : le grand luxe !

En juillet ou août, je préfère toujours bivouaquer. En effet, en haute saison, les nuits en refuge ne seront pas très réparatrices entre ceux qui se couchent tard, ceux qui se lèvent avant l’aube, ceux qui ronflent, ceux qui vont se lever trois fois pisser… Je préfère être seul dans ma tente loin de tout !

J’ai décidé de passer mes nuits en refuge pour ce trek cependant, pour plusieurs raisons. D’abord, j’avais appelé la semaine d’avant et les gardiens m’avaient confirmé qu’il n’y aurait vraiment pas beaucoup de randonneurs donc calme. De plus, les nuits commencent à être fraîches, avec même des températures négatives. Et enfin, le soleil se couchant environ à 19h30 et se levant qu’à 7h30, les nuits sont longues en tente !

Nous dînons à 19h30, avec une nourriture de qualité et en grande quantité pour reprendre des forces. Particularité du refuge, il n’y a pas de poêle ou cheminée pour chauffer donc il fait vite froid. Dès 21h, direction le sac de couchage !

Jour 2 : refuge de Saint Guillem au refuge de Mariailles

Distance : 17 km

Dénivelé : + 1 250 mètres / – 815 mètres

Durée : 6h30 (avec les pauses)

Départ à 8 heures, alors que le soleil commence à éclairer les montagnes et la petite église de Saint Guillem.

Eglise Saint Guillem

Le temps est de nouveau nuageux ce matin. De plus, il y a de grosses rafales de vent dès qu’on prend un peu de hauteurs. Je garde la doudoune car il ne fait pas chaud du tout !

Col serre vernet

Je fais très peu de pauses du coup et avance à un bon rythme. Le col de Serre Vernet est passé tôt dans la matinée et le sentier se poursuit vers les Estables, où se trouve une cabane de berger. Je pensais manger ici le midi, mais il n’est que 10h30. Je poursuis sur un sentier qui grimpe bien. En regardant la carte, il s’avère que ce chemin va vite dépasser les 2 000 mètres d’altitude pour ne redescendre qu’à la toute fin de l’étape. A cette altitude, il n’y aura plus d’arbres pour s’abriter du vent probablement, et je risque de bien galérer à faire chauffer mon eau pour manger. Finalement, je m’arrête à 11h pour manger !

C’était une bonne idée car rapidement pendant la montée vers le plateau de Pla Guillem, le vent souffle de plus en plus fort et rien pour s’en abriter !

Montée Pla Guillem vaches
Montée Pla Guillem

Pla Guillem est un plateau situé entre 2 200 mètres et 2 300 mètres d’altitude. Malgré le vent, je m’y attarde pour profiter enfin d’une vue dégagée et somptueuse sur les montagnes !

Pla Guillem
Pla Guillem Montagnes
Pla Guillem Montagnes

Le chemin descend progressivement ensuite pour atteindre le col de la Roqueta, à 2 081 mètres. Avoir descendu un peu a suffit à abriter du vent qui reste bloqué dans la vallée de l’autre côté du plateau. Tout comme les nuages, car de ce côté-ici, c’est ciel bleu !

Je refais une pause à nouveau, le refuge n’étant plus qu’à 2 kilomètres. Il y a encore de la neige sur des montagnes au loin, les forêts de pins recouvrent les pentes, le soleil me réchauffe… Que demander de mieux ?!

Collada de la Roqueta

J’arrive au magnifique refuge de Mariailles vers 14h30. Il est niché dans une belle vallée, avec des pins autours et entouré de falaises. D’ailleurs, beaucoup surnomment cette zone le « petit Yosémite » (le Yosémite étant un parc national des USA, considéré comme la Mecque de l’escalade).

Refuge Mariailles

Je profite de mon arrivée assez tôt pour faire une bonne sieste sur la terrasse. Plus tard dans l’après-midi, les deux personnes avec moi au refuge hier arrivent également, et un autre randonneur aussi. Ce dernier fait le GR10 (la traversée des Pyrénées de la côte Basque à la méditerranée) dans son intégralité. Il marche depuis 1 mois et demi !

Jour 3 : refuge de Mariailles au refuge des Cortalets par le sommet du Canigou

Distance : 14 km

Dénivelé : + 1 100 mètres / – 650 mètres

Durée : 6h15 (avec les pauses)

Le grand jour ! L’étape la plus courte en distance mais celle que j’attends avec impatience pour monter au sommet du Canigou !

Je pars à 8h30 du refuge. La vallée est encore à l’ombre, seuls les sommets ont le privilège de recevoir les rayons du soleil.

Refuge Mariailles

Après une heure de marche, le sentier se divise en deux. Les deux options vont au refuge des Cortalets, soit par le sommet du Canigou, soit en le contournant par la vallée. Je ne suis pas du genre à éviter les montagnes alors ça sera la première option pour moi !

Vers 10h30, j’atteins la cabane Arago, située dans un magnifique cirque de montagnes.

Refuge Arago

Je ne savais pas qu’il y avait autant de cabanes sur ce trek (j’en avais vu plusieurs hier aussi). Elles servent d’abri de secours mais aussi à ceux qui ne veulent ni bivouaquer ni dormir en refuge. Un bon compris ! Elles sont souvent très sommaires, mais il y a un poêle ou cheminée pour chauffer, un lit en bois pour poser son sac de couchage… Bref, ça me donne envie et j’aimerais bien faire un trek de plusieurs jours de cabane en cabane.

Plans de cadi

Plus j’avance dans le cirque, et plus je me demande par où le chemin monte au Canigou. Tout semble assez raide ! Je vois des lacets qui montent vers un col mais après plus rien (le Canigou est la montagne qu’on voit en arrière plan au milieu sur la photo ci-dessous). De toute façon, ça ne sert à rien de se poser des questions, y a qu’à y aller !

Pic du Canigou

Comme prévu, les lacets s’enchaînent bien pour atteindre la Portella de Vallmanya (2 591 mètres). De là, un chemin, que je ne distinguais pas en bas, part dans les pierriers à flanc de montagne pour atteindre la Brèche Durier (2 698 mètres).

Me voilà à l’endroit le plus connu de l’ascension : la fameuse Cheminée du Canigou ! Elle permet d’atteindre le sommet à 2 784 mètres par une sorte d’escalade (de 75 mètres de haut du coup). Bon, ce n’est pas de l’escalade compliquée et pas besoin d’être assuré. Il y a de bonnes prises pour les pieds et mains (oui, c’est mieux de ranger les bâtons de randos, ils ne serviront plus à rien ici !). C’est comme un escalier très raide en gros. J’ai bien aimé ce passage aérien ! Sa réputation fait peur à beaucoup de randonneurs mais ce n’est pas très dangereux en vrai, il faut juste ne pas avoir le vertige bien sûr.

Cheminée Canigou

Le sommet est en haut de cette cheminée. La montagne sacrée des Catalans est atteint à midi ! Et apparemment les bretons aiment l’endroit aussi car il y a le Gwenn ha Du sur la croix !

Sommet du Canigou croix

Il est visible de toute la Catalogne et même de plus loin par temps dégagé. A l’est, la mer méditerranée est visible et toute proche. A l’ouest, de nombreux hauts sommets sont visibles (mais je connais bien moins les Pyrénées que les Alpes, et je suis incapable de citer leurs noms !).

Pic du Canigou méditerranée
Sommet du Canigou

Nous ne sommes que trois au sommet. Les deux autres font un aller / retour depuis le refuge des Cortalets. L’un des deux est un jeune du coin, qui grimpe au moins une fois par an ce sommet (une sorte de pèlerinage pour tout catalan qui se respecte !). L’autre est aussi du coin et est venu en haut pour déposer des cendres. Un pèlerinage aussi en quelque sorte, qui démontre bien le côté sacrée de cette montagne.

Je reste 30 minutes en haut, en ayant mis tous les vêtements que j’avais car le vent du nord souffle et il est glacial ! La descente se fait d’ailleurs par la face nord et de la neige est déjà présente par endroit. Le début de cette descente est raide aussi dans un dédale de rochers. On perd vite de l’altitude au moins !

Je passe par le pic Joffre durant la descente, à 2 362 mètres. Ce pic abrite du vent, la vue est belle, il est 13h et j’ai une faim de loup… Stop bouffe ! J’avais prévu des repas lyophilisés pour le midi, et je déguste donc un chili con carne tranquillement installé à admirer le paysage.

Descente du Canigou
Canigou mer méditerranée

Après avoir repris des forces, la descente se poursuit, en passant par le lac Estanyol. Souvent, les lacs en montagne sont splendides avec une couleur d’eau unique. J’avais hâte de voir celui-là, le seul qu’on croise en 4 jours de trek. Pas de chance, ce lac n’a rien d’exceptionnel : eau marron, pas de fond… La fonte des neiges est terminée et sûrement qu’il est beaucoup plus beau en juin ou juillet !

Lac Estanyol

Dix minutes après se trouve le refuge des Cortalets, mon étape du soir que j’atteins à 14h45. Ce refuge est le mastodonte du coin, avec une capacité de plus de 80 lits. Heureusement, nous ne serons que 8 le soir (et c’est déjà beaucoup plus que les nuits précédentes !).

Théo, le randonneur du GR10 rencontré la veille, me rejoint peu après et on se boit une bonne bière après cette belle journée.

Refuge des cortalets

Jour 3 : refuge des Cortalets au refuge de Batère

Distance : 15,5 km

Dénivelé : + 300 mètres / – 950 mètres

Durée : 4h15 (avec les pauses)

Dernière journée du trek, qui commence de la plus belle des manières avec un magnifique lever de soleil sur la mer méditerranée.

Refuge des cortalets lever de soleil

On attend qu’il soit bien levé et qu’il réchauffe l’air pour partir, peu avant 9 heures. Je vais faire l’étape avec Théo. Dernière vue sur le Canigou avant d’entamer le retour !

Refuge des cortalets

Peu après le départ, on aperçoit juste au-dessus de nous quatre isards qui s’amusent. J’en avais vu la veille aussi tôt le matin.

Canigou isards

On croise autre chose, et on ne s’y attendait pas vraiment : les restes d’une carcasse d’avion. Un avion britannique s’est crashé ici le 7 octobre 1961 (soit quasi 60 ans jour pour jour, on y est passé le 8 octobre 2021 !). Les 34 passagers sont morts.

Crash avion Canigou

Durant cette matinée, on suit un sentier surnommé le Balcon du Canigou. En effet, nous marchons sur les flancs du massif avec une vue dégagée en contrebas.

La seule montée de la journée est pour atteindre le col de la Cirera, à 1 731 mètres.

Col de la Cirera

Ensuite, on bascule sur le versant sud qui descend directement vers Batère. L’étape a été plus courte que prévu et on arrive au refuge à 13h.

Canigou Batère

On partage ce qu’on a à manger puis nos routes se séparent : Théo poursuit sa journée de marche pour continuer de descendre vers la mer (il lui reste environ 4 ou 5 jours avant de finir le GR10, chapeau !). Moi, je reprends la voiture et file vers Nantes !

La boucle est bouclée !


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