« Partir, c’est quitter son cocon, ouvrir ses ailes et s’envoler. C’est s’apercevoir qu’on n’est pas les seuls sur la planète, qu’on ne sait pas tout comme on le pensait. On devient plus humble, plus tolérant, un peu plus intelligent. »    

Pierre Fillit

Iquitos… Plus grande ville du monde inatteignable par la route (400 000 habitants). C’est un sacré bordel et moche ! Il n’y a aucune voiture quasiment, que des motos-taxis qui font un bruit de dingue.

Trouver la bonne agence

Dès le premier jour, je fais le tour de plusieurs agences pour partir dans la forêt Amazonienne. Les prix vont de 450 soles à 1 900 soles pour 4 jours…(faut diviser par 3,5 un peu près pour avoir le prix en euros). Finalement, l’agence en laquelle j’ai le plus confiance et la plus intéressante est la moins chère !

Le lendemain matin, je pars vers la petite communauté à 130 km d’Iquitos (loin de tout !), soit 2h-2h30 de bateau. Je n’emporte avec moi quasiment rien ; on n’y va pas pour être propre en Amazonie !

La plupart des agences que j’avais visitées proposaient de dormir dans un lodge, souvent assez confortable. Lorsque je demandais qui était le guide, elles ne savaient pas me répondre ou me disaient des trucs dont je m’en foutais pas mal, comme « il parle anglais, il a étudié blablabla… ».

L’agence avec laquelle je pars est une petite agence tenue par une personne née et ayant vécu 25 ans dans la forêt. Le gérant est toujours en contact avec son ancienne communauté. Du coup, ce n’est pas un lodge luxueux où je vais, mais dans une petite maison d’une famille. Plus spartiate (pas de douche, toilette pas très hygiénique…) mais bien plus authentique comme expérience.

Pérou Amazonie communauté Rio Tapira

Le guide, Raul, a 60 ans et a passé toute sa vie ici. Autant dire que c’est une bible d’information. Il n’est jamais parti étudier à Lima ou autre, et ne parle pas anglais.

Pérou Amazonie communauté Rio Tapira

Pas pour les gringos

Les étapes « folkloriques » durant lesquelles les touristes sont accueillis par des indiens dansant et faisant des chants soit disant traditionnels sont zappées. Ces personnes sont justes des acteurs. Pour voir vraiment ça, il faudrait partir très très loin en Amazonie, là où les touristes ne sont jamais allés…

Tout ça fait que c’est l’agence la moins chère mais sûrement la meilleure pour découvrir la vraie Amazonie. Et comme a dit le proprio de l’agence, qui résume très bien ce que je viens de dire : « c’est pas pour les gringos ici ! ».

Lorsque j’arrive le jeudi à la petite casa, sur le Rio Tapira, deux argentins sont déjà là (Ignacio et Martin). La maison est sur pilotis et l’eau arrive 50 cm en dessous. Cet endroit me plaît déjà !

Pérou Amazonie communauté Rio Tapira
Pérou Amazonie communauté Rio Tapira

Une dizaine de personnes vivent ici en tout. C’est tranquille et vraiment ce que je recherchais (dans les lodges bien confortables, les touristes sont parfois 15, vivent entre eux sans avoir d’échanges avec les communautés…).

Une seconde famille

Raul est une personne formidable, partageant son savoir avec plaisir et de façon très simple. Il a 10 enfants en tout (et oui, lors de la saison des pluies en Amazonie, il n’y a pas grand chose à faire, du coup faut bien s’occuper un peu !). L’une de ses filles, Diana, m’a fait à manger durant mon séjour. Je me suis bien régalé de la cuisine typique Amazonienne : du poisson, des fruits que je ne connaissais pas, et que je ne connais toujours pas d’ailleurs car je n’ai pas retenu tous les noms !

Me réincarner en paresseux si possible

Dès la première sortie sur la pirogue, on voit un paresseux (sans doute l’animal qui a la vie la plus cool). Il avance à 2 km/h, pionce 20 heures par jour et le reste du temps fait que bouffer. On a vu aussi des singes qui sautent partout.

On se rend ensuite à une lagune magnifique où Raul nous explique l’utilisation des plantes médicinales utilisées depuis des siècles en Amazonie. Certaines sont pour les blessures, d’autres pour le diabète, pour la malaria, pour les morsures de serpent… C’est assez dingue !

On voit aussi la plus grande fleur maritime du monde : le nénuphar Victoria.

Pérou Amazonie nénuphar Victoriaa

Lorsque le soleil se couche, on prend nos lampes pour repérer les caïmans : leurs yeux sont rouges dans la nuit, éclairés par une lumière. On en voit quelques uns, mais pas très gros.

Quand on revient à la maison, quelques jeunes enfants de Raul sont là, avec leur animal de compagnie : un paresseux ! C’est original !

Pérou Amazonie communauté Rio Tapira

Tout plein d’animaux sympas

Le lendemain, on a vu beaucoup d’animaux encore : des tarentules, des abeilles, des fourmis pas sympas du tout si elles te piquent, un iguane, un pivert…

L’après-midi, je pars seul avec Raul et un de ses fils (un futur guide !) observer les dauphins. On en a vu des roses et des gris. Mais impossible de les prendre en photo ! On a assisté à un arc-en-ciel sur l’Amazonie : magnifique !

Pérou Amazonie arc-en-ciel dauphins

Il y a eu une petite scène insolite : on était tous les trois sur notre petite pirogue lorsqu’un bateau de croisière de touristes est passé près de nous (il n’y en a pas beaucoup qui passent par là pourtant !). Avec les vagues produites, il a failli retourner notre pirogue ! Les gens qui étaient à bord nous regardaient bizarrement et devaient se dire « qu’est ce qui fout là le p’tit blanc sur la pirogue ?! ».

Chamanisme

Le soir, les deux argentins essayent l’Ayahuasca : une plante utilisée par les chamans pour purifier l’âme. En Europe, cette plante est considérée comme une puissante drogue. Le frère de Raul est le chaman de la communauté. On m’a proposé d’essayer mais j’ai refusé. Les effets sont très psychologiques et il faut savoir pourquoi tu veux essayer pour que ça soit utile. Moi je n’y ai jamais vraiment réfléchi et essayer ça en voyageant seul, ça ne me semblait pas une bonne idée.

Ils ne dînent pas et vers 20h, le chaman arrive. La cérémonie commence et je peux y assister. Les argentins boivent un demi verre de la substance et s’allongent sur des matelas. Le chaman siffle, chante, crache de la fumée de mapacho (tabac pur dans une feuille à rouler). Après, les lumières des bougies sont éteintes et le chaman boit aussi un peu d’ayahuasca.

L’ayahuasca fait gerber tous tes tripes pendant que tu as des hallucinations apparemment. J’entends pendant 3 heures les deux argentins dégueuler. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus agréable pour trouver le sommeil ! Mais le lendemain, ils se sentaient bien mieux et ne regrettaient pas du tout d’avoir essayé.

Plus efficace qu’un médecin

Moi le lendemain matin, c’était autre chose. Au réveil, j’ai eu une diarrhée avec du sang (je sais, ce n’est pas classe à dire sur un blog, mais il y a une suite intéressante, je vous rassure !). J’ai eu peur de devoir rentrer à Iquitos plus tôt que prévu. Je l’ai dit à Raul et il est parti chercher une plante médicinale : l’écorce de l’arbre Puma Caspi.

Le jus est mélangé avec de l’eau tiède, ce qui donne un liquide rouge visqueux. Raul m’a tendu un verre à boire. J’ai pensé : « bon, soit ça va mieux bientôt, soit je crève, mais vu la gueule que ça a, il va se passer quelque chose ! ». J’ai bu un demi verre et 2 heures après, plus rien. Au top de la forme.

J’ai continué le traitement 2 jours supplémentaires (un demi verre le matin) et voilà. Si j’étais allé à l’hôpital, on m’aurait fait passer des examens, fait payer des antibiotiques…alors qu’il y a des solutions naturelles plus efficaces. Vive le lobby de l’industrie chimique et pharmaceutique !

A la pêche aux piranhas !

Ensuite, on a pu aller pêcher le piranha ! J’en ai attrapé deux et on n’est pas revenu les mains vides. Mais ce n’est pas évident car ils ont l’art d’arracher l’appât sans mordre à l’hameçon avec leurs dents aiguisées.

Un des gosses en a choppé un juste à coté de la casa. Et dire que c’est là, dans la rivière qu’on se lave tous les matins…avec pleins de petits piranhas à côté !

Les argentins sont partis après manger le midi. Je me suis donc retrouvé seul avec la famille. Avec Raul et un de ses fils, on est retourné voir des caïmans de nuit et petite frayeur cette fois : un serpent assez gros est passé juste sous le bateau. On n’a pas eu le temps de voir ce que c’était mais bien flippant ! On a vu 2 boas enroulés dans des arbres aussi ! Génial !

Survivre en forêt

Le lendemain, dimanche, c’est mon dernier jour ici. Le matin, on va marcher dans la forêt et on voit plein de petites bêtes, plus ou moins sympas ! Raul me fait partager ses connaissances sur les plantes médicinales et comment survivre en forêt. Par exemple, il y a une racine d’un arbre (je ne sais plus le nom) qui est remplie d’eau. Du coup, il suffit juste de la couper et on peut boire de l’eau potable. Bon, je ne compte pas partir seul en forêt amazonienne un jour, donc j’espère ne pas devoir me servir de ces techniques de survie, mais c’est intéressant à savoir !

Séparation difficile…

Ce jour-là, c’est la fête des mères. Le midi, Diana a préparé un excellent repas pour toute la famille. C’est une bonne ambiance et je me sens privilégié de pouvoir manger avec eux en ce jour. On parle beaucoup, et Carmen, la mère, est très curieuse de ma vie et me pose beaucoup de questions !

Mais tout a une fin… A 14h, je dois partir à mon tour, retourner à Iquitos et à la civilisation. Les gosses ne veulent pas que je parte et 2 d’entre eux font tout pour me retenir. On avait beaucoup joué avec eux durant ces quelques jours. Par exemple, leur faire découvrir le baseball avec une branche en guise de batte et un fruit pour la balle.

Pérou Amazonie communauté Rio Tapira

Ça ne sert à rien de faire le gros dur, et j’avoue sans honte être parti les larmes aux yeux. Difficile de quitter cet endroit et ces gens formidables. Ces moments resteront gravés dans ma mémoire. J’ai appris et vu un tas de choses mais surtout j’ai rencontré des personnes ayant le cœur sur la main, même s’ils n’ont pas grand-chose. Ils sont tellement aimables, et ont une joie de vivre contagieuse…

Merci Raul, merci à toute la famille !

Pérou Amazonie communauté Rio Tapira

9 commentaires

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