« L’ignorance, c’est la mort ; le savoir, c’est la vie. »

Proverbe persan

Bienvenue dans l’une des plus belles villes du Moyen-Orient ! Ispahan est un bijou d’architecture et le meilleur exemple du raffinement de l’art perse. Mais c’est aussi une ville très vivante et surprenante. Suivez-moi pour la visite !

On est toujours notre équipe de cinq français. Deux d’entre nous avaient une connaissance ici et ont logé chez l’habitant dès la première nuit.

L’accueil iranien… Une grande famille !

Avec Marie et Jérôme, on a atterrit dans une auberge un peu chère la première nuit (10 euros le lit en dortoir). Pas la motivation de chercher ailleurs alors on a accepté pour une nuit. Il s’agit de la Nargol Guesthouse, tenue par un couple trop sympa (j’ai l’impression de me répéter sans arrêt dans mes articles car tous les iraniens sont adorables !).  La guesthouse est une grande maison d’époque avec une belle cour et des pièces aux hauts plafonds.

A peine arrivé, ils nous proposent de se joindre à eux pour aller à un repas de famille. On hésite car on est fatigué mais c’est une occasion qui ne se refuse pas ! Les repas de famille en Iran, ça ne rigole pas… Pas moins de 26 personnes assises sur le grand tapis dans le salon ! Il n’y a pas d’occasions spéciales (anniversaires ou autres) ; juste le plaisir de se retrouver en famille et de partager un bon repas.

On se sent un peu intimidé avec toutes ces personnes qui nous sourient et nous saluent. Une jeune fille de 14 ans avec un anglais impeccable nous permet d’échanger avec tout le monde en traduisant nos paroles.

Le séjour à Ispahan ne pouvait débuter mieux !

Un seul mot : grandiose !

Le lendemain, on part explorer le centre-ville. Ispahan est une ville avec de la circulation mais pas désagréable pour autant avec beaucoup de parcs, des bassins où les enfants se baignent, des fontaines…comme auprès du palais Hasht Behesht.

Iran Ispahan Hasht Behesht

On arrive ensuite sur la Place de l’Imam, appelée aussi Place Naqsh-e Jahan. Elle apparaît dans tous les top10 des plus belles places au monde et est donc logiquement inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Sa renommée est méritée car on est reste bouche-bée lorsqu’on la découvre pour la première fois.

Iran Ispahan Place de l’Imam
Iran Ispahan Place de l'Imam

Elle est immense avec plus de 500m de long sur 160 de large. En revanche, le Lonely Planet la classe comme la deuxième plus grande au monde, ce qui est totalement faux.

La place a été créée en 1602 par Shah Abbas le Grand à l’époque où Ispahan était une capitale.

C’est bleu, ça brille…c’est beau !

Elle est entourée de quatre bâtiments imposants, chacun ayant son importance :

1) La mosquée Cheick Lotfallah a été construite au début du 17ème siècle par les Safavides. Seule la famille royale y avait accès, d’où l’absence de minarets et de cour car elle n’était pas destinée à accueillir des prières pour le public. Le dôme est incroyable de finesse et de précision. A force de le fixer, on a l’impression d’avoir la tête qui tourne !

Iran Ispahan Mosquée Place de l’Imam
Iran Ispahan Mosquée Place de l’Imam

2) La mosquée de l’Imam représente le pouvoir religieux. Elle est imposante avec ses quatre hauts minarets. Une fois encore, la faïence et les mosaïques bleues sont magnifiques. Hélas, il y avait des échafaudages à l’intérieur en vue de la préparation de la fête de l’Achoura.

Hello Mollah !

On y a rencontré un mollah maîtrisant parfaitement le français et l’ayant appris en seulement deux ans et demi. J’en ai profité pour en apprendre un peu plus sur l’Islam, et notamment sur l’éducation islamique. Il m’a expliqué le fonctionnement des madrassas (les écoles coraniques) et les différents statuts. La différence entre Imam, Mollah et Ayatollah est une différence de niveau d’éducation. Ils rentrent tous vers 17-18 ans à la madrassa, mais les Ayatollahs y étudient pendant 20 ans et peuvent ensuite accéder à des postes politiques ou devenir avocat par exemple.

Ce mollah est aussi la première personne en Iran à me dire du bien du gouvernement et du système actuel, ce qui n’a rien de surprenant venant d’une homme religieux.

3) Le palais Kakh-e Ali Qapu est un autre bâtiment de la place, mais moins impressionnant que les deux premiers. Le Shah Abbas 1er y résidait et recevait de prestigieux invités. Il a été agrandit au fur et à mesure pour aujourd’hui être haut de six étages et bien décoré à l’intérieur.

Iran Ispahan Place de l’Imam
Iran Ispahan Palais Kakh-e Ali Qapu

La terrasse surélevée du Palais permet d’avoir une vue panoramique sur la place, avec les montagnes au loin derrières les minarets.

Iran Ispahan Place de l'Imam

Cette place est évidemment très photogénique. C’est un lieu très visité et on le remarque vite au nombre de personnes nous abordant pour essayer de nous entraîner dans leurs magasins de souvenirs.

Iran Ispahan Mosquée Place de l’Imam

Oh un bazar, c’est rare !

4) Dernier bâtiment important de la Place de l’Imam : l’inévitable bazar ! On a rencontré un jeune iranien, Ahmad, en étude d’architecture et travaillant en parallèle dans un petit magasin du bazar. Mais pas n’importe quel magasin : un vendant un produit très cher en Europe, le safran. Il a été super intéressant et nous a expliqué le process de fabrication ainsi que les différences entre le safran de basse qualité et celui se vendant à prix d’or dans nos pays. On était attentif comme des écoliers devant un professeur !

Iran Ispahan safran

Il nous offrira même un thé avec du safran de qualité. Le goût est vraiment délicieux !

Iran Ispahan thé safran

Les iraniens aiment la langue française..!

On s’est bien sûr baladé dans le bazar, dont certaines parties ont plus de 1 000 ans. Il est immense et facile de s’y perdre (comme tous les bazars en fait !). Parmi tous les vêtements à vendre, un a retenu mon attention et nous a fait rigoler : un t-shirt pour homme avec écrit en français « Femme Libre » dans un pays où les femmes ne sont justement pas des plus libres…

Iran Ispahan femme libre

Les odeurs d’épices sont partout dans les allées du bazar, donnant envie d’en acheter plusieurs et de préparer un bon repas !

Iran Ispahan Bazar épices
Iran Ispahan bazar

En parlant de bons repas, la spécialité d’Ispahan est le Beryani : un pain farci de viande hachée de mouton, agrémenté d’herbes et d’oignons. Ahmad nous a emmené dans un restaurant impossible à trouver seul, à la décoration originale avec des casseroles et tout un tas d’antiquités au mur et plafond. Un délice !

Iran Ispahan restaurant populaire

Un couple en or !

Suite à cette première journée, on a quitté notre auberge pour aller chez un couple trouvé sur couchsurfing, H et M (je n’écrirai pas leurs prénoms, vous comprendrez pourquoi dans les paragraphes suivants, on n’est jamais trop prudent !). On a logé les deux dernières nuits dans leur maison. Ils nous ont emmené à des endroits un peu à l’extérieur de la ville comme le temple Ateshkadeh-ye, au sommet d’une colline.

Iran Ispahan temple Ateshkadeh-ye

Il ne reste plus grand chose du temple et de la forteresse mais ça permet de découvrir la religion zoroastrienne. Elle était la religion principale avant l’islamisation du pays. Les origines du zoroastrisme remonte à très longtemps, plus de 1 000 ans avant JC. Leur dieu unique et invisible est Ahura Mazda. Cette religion n’a pas encore totalement disparu puisqu’on dénombre encore 150 000 croyants dans le monde, dont 20 000 en Iran. Les fidèles doivent prier vers la lumière ; d’où la raison d’une flamme brûlant en permanence dans les temples (qu’on appelle donc temple du feu).

Iran Ispahan temple Ateshkadeh-ye

Ni Dieu ni maîtres !

Suite à cette visite matinale, on est parti se faire un pique-nique dans un parc pour le petit-déj’. Le pique-nique en Iran est une autre religion importante ! Toujours un tapis dans le coffre, un peu de pain, du fromage, des fruits…

Ça a été l’occasion de parler religion avec H. Adolescente, elle était très croyante et avait appris par cœur certaines parties du Coran. Désormais, elle ne croit plus du tout en Dieu, suite à plusieurs remises en questions et à des rencontres. C’est une décision très courageuse car l’apostasie, le fait de renier sa religion, est passible de la peine de mort en Iran. Elle ne l’a pas avoué à ses parents, qui en mourraient de chagrin selon elle.

Honte à mon pays…

H et M ont beaucoup voyagé dans leur pays et en Turquie. Ils ont d’ailleurs relié Istanbul à Téhéran en vélo au cours d’un voyage de deux mois. Leur rêve est de parcourir le monde en vélo mais le passeport iranien n’ouvre pas de porte, bien au contraire…

Ils sont invités fin septembre à un mariage à Brest de deux français qu’ils avaient hébergé l’année dernière. Évidemment, ils étaient ravis et excités à l’idée d’y aller et de visiter 2 ou 3 semaines la France. H et M ont donc fait la demande de visa en payant les 85 euros et en fournissant une multitude de documents que notre administration demande : réservation des billets d’avions, assurance, relevés de comptes, feuilles de salaires, acte de propriété… Ils possédaient même une lettre d’invitation et de garantie de la part du couple qui se marie. Ils avaient tout et étaient donc en règle. Mais ils ont appris que l’accès au territoire français leur était refusé !

Lorsqu’ils nous l’ont annoncé, j’ai eu honte de mon pays… C’est évident qu’ils ne vont pas immigrer, ils ont tout ici et une bonne situation. La politique de notre gouvernement est à gerber, ainsi que la manière dont il traite les étrangers et notamment les iraniens. « Liberté, Égalité, et va te faire niquer » serait une devise plus appropriée en ce moment…

On aide comme on peut…

On a essayé de les aider évidemment ; la situation étant scandaleuse et intolérable. Jérôme a appelé l’Ambassade de France en Iran pour un recours et a envoyé un mail au Consul. De plus, il a contacté des politiques de la Loire-Atlantique pouvant peut-être faire changer la décision. En espérant vraiment que ça puisse aider H et M, qui ne rêve que de voir leurs amis et de découvrir un peu la France…

On a la chance, nous français, de pouvoir facilement venir en Iran. Il devrait en être de même dans l’autre sens.

Heureusement qu’il est facile de visiter ce pays car il est tellement beau que ça m’aurait frustré toute ma vie de ne pas le découvrir ! On a poursuivi notre exploration de la ville qui recèle encore d’autres trésors.

Iran Ispahan ruelles

We’re jameh, jameh
And I hope you like jameh too !

Direction la mosquée Jameh, la plus grande d’Iran avec 20 000 m². Encore une mosquée me direz-vous ?! Et oui, mais l’architecture est tellement belle qu’on ne s’en lasse pas (et je ne suis pourtant pas fan en général de visiter tout un tas de monuments).

Iran Ispahan Mosquée Jameh

Elle est plus simple que les autres, sans une multitude de faïences et mosaïques. Le style d’architecture a plus une influence baroque. Les deux grands dômes sont splendides avec les fenêtres laissant passer des rayons de soleil.

Iran Ispahan Mosquée Jameh
Iran Ispahan Mosquée Jameh

En plus, elle est beaucoup moins visitée que les autres mosquées principales de la ville, donnant une atmosphère plus authentique et calme. Un vrai lieu spirituel où on se sent tout petit.

Iran Ispahan Mosquée Jameh

Je ne me lasse pas des majestueuses mosquées d’Iran !

Iran Ispahan Mosquée

La belle rivière inexistante !

Mais mon endroit préféré d’Ispahan n’ont pas été les mosquées et les bâtiments officiels. Ils ne représentent qu’une façade de la société iranienne… Pour sentir battre le pouls de la ville, il faut se rendre le soir sur les berges de la rivière Zayandeh. La rivière est totalement asséchée en ce moment, mais les panneaux « interdiction de nager » sont toujours en place.

Iran Ispahan Ponts

Au soleil couchant, les familles et couples viennent s’y balader. Onze ponts enjambent la rivière, les plus beaux étant Si-o-seh et Khaju. On fait donc comme les locaux et on flâne, en profitant de la fraîcheur de la fin de journée.

Iran Ispahan pont Si-o-seh

Sous les ponts, la plage…

A partir de 22h, il faut ABSOLUMENT se rendre au pont Khaju (ce n’est pas un conseil, c’est un ordre pour ceux se rendant à Ispahan !). Tous les soirs, des concours de chant sont organisés clandestinement sous les arches.

Iran Ispahan Pont Khaju

Toutes les classes sociales se regroupent pour assister au spectacle. Une ambiance totalement unique ! Les gens chantent, dansent, rigolent…et même des odeurs d’alcool, pourtant interdit dans le pays !

Parfois, la police vient et arrête quelques personnes paraît-il. On n’a pas assisté à ce genre de scène mais on est persuadé que le lieu est surveillé : il y avait un homme en costard à l’extrémité du pont, assis sur une moto, qui ne bougeait pas et ne parlait à personne. Je suis sûr à 80% que c’était une personne des services secrets, ne cherchant pas à se cacher pour signifier aux gens « ok, amusez-vous mais n’allez pas trop loin, on vous a à l’œil ».

Mais il ne gâchera pas la fête heureusement. J’avais un sourire ineffaçable sur mon visage à voir ce peuple si heureux et exprimer leur joie de vivre ainsi….

L’Iran vous donne des frissons…

L’Iran, ce n’est pas les mollahs partout et des gens ne pensant qu’à la religion avec une haine de l’occident. Mais alors vraiment pas !
L’Iran, c’est un peuple joyeux, chaleureux, accueillant, curieux…
Ce sont des gens se retrouvant sous un pont d’une ville pour écouter un petit vieux réciter un poème.
Ce sont des gens se retrouvant sous un pont d’une ville pour chanter, danser, exprimer leur joie de vivre…
L’Iran, ça donne des frissons tellement c’est incroyable !

Après cette belle soirée, je poursuis ma route seul vers le désert de Varzaneh.

Catégories : Iran

7 commentaires

tortuerose · 4 septembre 2018 à 17 h 18 min

waouhh les couleurs des mosquées et du palais sont incroyables!

    Guillaume · 4 septembre 2018 à 17 h 56 min

    Oui c’est une ville splendide pour l’architecture !

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