« La vie est une aventure audacieuse ou elle n’est rien. »

Helen Keller

Après avoir fait plus ou moins la route touristique « classique » d’Iran, à l’exception d’Alamut et Varzaneh, j’ai décidé de partir un peu à l’aventure. Direction le Kurdistan ! Je vous le dis de suite : cette région est un trésor !

Depuis Chiraz, j’ai pris l’avion pour rejoindre Kermanshah, porte d’accès du Kurdistan. Après avoir acheté mon billet, un voyageur m’a prévenu que Aseman Airline, la compagnie aérienne que j’allais prendre, est sur la liste noire internationale. Oups, trop tard ! Bon, après le vol au Népal pour le trek de l’Everest, plus rien ne peut me faire peur en avion de toute façon !

Au final, le vol de 1h30 a été très tranquille. Cette compagnie est ainsi classée car elle utilise encore de vieux coucous de l’époque soviétique pour certains vols, ce qui n’a pas été le cas pour le mien.

Bienvenue en zone interdite

Kermanshah est une ville industrielle et pétrolière sans aucun intérêt pour un voyageur. Je me rends donc directement à la gare routière pour prendre un taxi collectif en direction de Sanandaj.

Pour les anxieux, ne jetez pas un coup d’œil à la carte du site « Conseils aux voyageurs » de la diplomatie française… A partir de là, je suis en zone « formellement déconseillée » pour tous les ressortissants français. Mais je suis têtu et ce n’est pas une carte qui va me dissuader de voyager !

carte du kurdistan iran

Un lapin pour commencer !

J’avais un contact couchsurfing à Sanandaj mais impossible de le joindre… Il est 21h et je ne vais pas attendre qu’il réponde pour trouver un endroit où dormir. Une femme qui était dans le taxi me prend sous son aile et m’amène à un hôtel pas cher.  La chambre est très basique mais propre et les gérants sont sympas, donc ça fait largement l’affaire !

Je dîne avec deux irakiens rencontrés dans le hall de l’hôtel ; la frontière étant toute proche, ils sont là pour le business.

J’aime pas trop beaucoup ça…

Tout est fermé en ville, avec la police et l’armée tous les 50 mètres. C’est un peu flippant comme ambiance ! On m’explique que les habitants refusent d’ouvrir leurs commerces en guise de protestation suite à l’exécution de 4 kurdes par l’armée il y a quelques jours… On ressent beaucoup de tensions dans la rue, mais ça n’empêche pas les locaux d’être souriants et super gentils avec moi.

Sanandaj est une ville d’où partent les bus publics vers de plus petits villages du Kurdistan. Je ne comptais pas rester longtemps, mais en plus avec l’armée partout, je décide de partir dès le lendemain matin.

J’ai trouvé un autre couchsurfing, dans le petit village de Kani Dinar. Les 2h30 dans un bus pourri sont magnifiques avec des paysages de montagnes et des forêts.

Iran Kurdistan Bus

Un accueil hors-norme…

Cette fois, pas de faux plan, je trouve le couchsurfing : Ramin, un professeur d’anglais de 22 ans.

Iran Kurdistan accueil

En chemin pour aller à sa maison, plusieurs passants nous arrêtent pour savoir d’où je viens, mon prénom etc… Les étrangers occidentaux ne se bousculent pas par ici, donc les gens sont curieux et agréablement surpris de me voir. Les boulangers me feront même un petit cadeau avec une galette de pain en forme de cœur !

Iran Kurdistan accueil

Ramin vit avec sa famille, hormis le père qui travaille à Kermanshah et rentre peu. Je fais la rencontre de sa mère et de ses deux sœurs, Rozhin et Hazhin, âgées de 17 et 6 ans. La maison est simple mais ça me plaît. La pièce principale a des tapis au sol où on prend nos repas, boit le thé, et dort tous ensemble.

Iran Kurdistan famille

Retour sur les bancs de l’école

A peine arrivé que Ramin me propose de l’accompagner à son institut privé d’anglais. C’est avec plaisir que je me joins à lui pour aller à la rencontre de la cinquantaine d’étudiants, âgés de 12 à 30 ans. Pendant 3 heures, on débat tous ensemble sur deux sujets :

  • les Hommes naissent-ils intrinsèquement bons ou mauvais ?
  • pourquoi observe-t-on une baisse du taux de natalité en Iran ?

J’ai été vraiment surpris d’une part par le niveau d’anglais des étudiants (meilleur que le mien !), et par leur niveau de réflexion philosophique. Évidemment, j’ai été amené à prendre la parole à quelques reprises. Ça a été très intéressant pour moi d’écouter ces jeunes s’exprimer librement sur ces sujets. J’ai pu remarquer les différences culturelles entre nos deux pays, notamment au sujet du mariage (inconcevable d’avoir un bébé sans être marié en Iran).

A la fin des débats, j’ai même eu le droit à une interview par la directeur de l’institut ! Ce séjour au Kurdistan ne pouvait pas mieux commencer… J’ai vite compris pourquoi on m’avait beaucoup parlé de la gentillesse des kurdes !

Invité d’honneur au mariage

Le soir, après être allé à Marivan (la ville à côté de Kani Dinar), Ramin dit au taxi de s’arrêter alors qu’on n’est pas encore arrivé à la maison. Il y a un mariage et il veut qu’on y aille. Même si on n’est pas invité, on a été accueilli comme des rois… Le marié était heureux et ému d’avoir un français à son mariage. Il nous a invité à table pour le repas puis il a insisté pour qu’on passe toute la soirée avec eux.

Iran Kurdistan mariage

Tout le monde portait les habits traditionnels kurdes. Les hommes portent un pantalon large (et pas seulement pour les occasions spéciales, ils le portent tous les jours), et les femmes de belles robes. Elles sont plus libres qu’ailleurs en Iran, et plusieurs d’entre elles ne portaient même pas le voile. Les kurdes sont des insoumis, j’adore !

Le Kurdistan a ses propres musiques traditionnelles, notamment un chant masculin très joli.

Peu de monde parlait anglais mais Ramin traduisait. Les invités voulaient savoir d’où je venais, pourquoi je visitais leur région… Ils étaient intrigués par ma présence ! Une magnifique soirée, avec des centaines et des centaines de sourires… Et même des rires et des applaudissements quand on m’a fait apprendre la danse kurde (mouvement des épaules et des jambes) ! Je ne suis pas bon danseur, ça se confirme !

A l’aventure !

Le lendemain, place à une grosse journée de visite de la région. Ramin m’a préparé un itinéraire génial, en compagnie de sa famille et d’un chauffeur de taxi local.

Iran Kurdistan vallée

On part tôt le matin dans les montagnes reculées du Kurdistan. Quelques mouvements de guérillas existent encore mais ça ne pose pas de problème et j’ai une confiance absolue en Ramin qui connaît par cœur sa région.

Les paysages sont merveilleux, encore plus beaux qu’à Alamut. Le Kurdistan est un trésor caché comme aiment le dire les habitants !

Iran Kurdistan paysage

Welcome to Irak !

La route serpente pour atteindre un col. D’un côté l’Iran, de l’autre l’Irak ! La frontière n’est qu’à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau (désolé encore à l’Ambassade de France de ne pas écouter vos conseils..!).

Iran Kurdistan frontière irakienne

Le Kurdistan est une région immense répartie sur l’Iran, l’Irak, la Turquie et la Syrie. Suite à la chute de l’Empire Ottoman après la Première Guerre Mondial, un accord devait prévoir la création d’un État Kurde. Mais les pays européens, notamment l’Angleterre et la France, ne le voient pas ainsi et se partagent le Moyen-Orient sans tenir compte de la population kurde. Depuis, les Kurdes vivent donc sans patrie, bien que leur identité soit forte (ils ont leur propre langue notamment). De plus, ils sont souvent opprimés et victimes d’agressions de la part des gouvernements…

Iran Kurdistan village

Le Kurdistan iranien est peut-être le « moins pire », bien que l’armée soit absolument partout. On voit des casernes militaires au sommet de plusieurs collines. C’est évidemment pour surveiller la frontière irakienne, mais aussi pour réagir rapidement si les kurdes décident de se révolter. J’ai eu le droit à deux contrôles de mon passeport par l’armée, qui n’aime pas trop qu’un étranger occidental vienne par ici.

Iran Kurdistan paysage

Ramin a une connaissance parfaite de l’histoire de son peuple et des traditions. Visiter cette région avec lui est un vrai plus et permet d’apprendre un tas de choses.

No stress

Le chauffeur emprunte des routes où il y a sûrement plus de moutons que de voitures à passer par là !

Iran Kurdistan moutons

On traverse de nombreux villages, disséminés dans les vallées. La plupart sont construits à flanc de montagnes. Les maisons sont vieilles mais résistantes avec leur fabrication en pierres agencées les unes aux autres sans utilisation de ciment. La terrasse d’une maison est aussi le toit de celle d’en-dessous !

Iran Kurdistan village

Pour le repas du midi, le chauffeur nous amène à Nodesheh, un village où il possède un jardin avec une petite maison. Contrairement à Alamut, la vallée est bien verte avec de nombreux arbres malgré la chaleur de l’été. C’est possible grâce à une multitude de sources d’eau dans les montagnes. Les fruits et légumes sont abondants, il n’y a qu’à les ramasser ! On prépare aussi un feu pour faire griller le poulet. Bonne bouffe dans ce beau décor, que rêver de mieux ?!

Iran Kurdistan nourriture

L’après-midi se passe tout aussi bien avec encore de nombreux villages figés dans le temps. On longe un immense lac entouré de montagnes, long d’une dizaine de kilomètres.

Iran Kurdistan paysage

Le plus beau village d’Iran !

On arrive en fin d’après-midi à Howraman-at-Takht, le village le plus « connu » de la région. C’était la capitale de la région lorsqu’elle était totalement isolée, il y a encore peu de temps.

Iran Kurdistan village

Le village est tout simplement splendide avec les maisons de pierres aux portes et fenêtres de couleurs bleues et vertes. Ce village à l’architecture magnifique mérite amplement d’y passer du temps, à se promener dans les ruelles.

En plus, il est 18h donc les habitants sont de sortie en cette fin de journée. Ils portent les beaux habits traditionnels kurdes ; rien de plus photogénique !

Iran Kurdistan Howraman
Iran Kurdistan Howraman

Ça mérite un film…

On rencontre des jeunes de Téhéran venus faire un documentaire sur la région pour le présenter ensuite au festival de San Sebastian, en Espagne. On parle beaucoup avec eux, qui ont une très bonne connaissance du Kurdistan aussi.

Iran Kurdistan Howraman

Mais on ne peut pas s’attarder car il est déjà tard. On dîne les restes du midi en haut d’un col avec une belle vue. De là-haut, on voit des contrebandiers gravir la montagne en face marquant la frontière Iran-Irak. Ils acheminent des cigarettes et autres produits, mais pas de drogues ou armes. Malgré ce petit trafic, ils risquent gros car l’armée n’hésite pas à leur tirer dessus sans avertissement…

Iran Kurdistan paysage

On rentre de nuit à Kani Dinar, après cette magnifique journée en compagnie de Ramin et sa famille. Mais la journée n’est pas finie !

Business plan

Ramin a été contacté par un hôtel qui recherche quelqu’un parlant anglais pour deux clients souhaitant faire un tour dans la vallée. Il aimerait bien commencer un petit job de guide donc c’est une occasion rêvée. Je commence un peu à m’y connaître sur les désirs des voyageurs, leurs attentes, la négociation…donc on prépare ensemble le plan. Et bingo, les deux femmes sont OK pour partir avec lui le lendemain pour un tour de deux jours qui rapportera pas mal d’argent à Ramin. Il est désolé pour moi car il va de ce fait devoir s’absenter, mais je suis heureux pour lui car sa famille a besoin d’argent (surtout en ce moment avec la crise que traverse l’Iran…).

Au retour, devinez-quoi ? Mariage de nouveau (mais pas les mêmes mariés en plus) ! Encore une ambiance incroyable, un accueil hors-norme, des gens adorables et touchants… Il y a encore plus de monde que la veille, peut-être 300 personnes.

A la mode Kurde

Le lendemain, je me retrouve donc seul avec sa famille. Heureusement, Rozhin a un anglais parfait. On part le matin à Marivan car je suis fan du pantalon kurde et j’en veux un ! On va au bazar acheter le tissu, puis au tailleur. J’ai désormais mon beau pantalon kurde que je vais porter partout : représente le Kurdistan dans le monde entier désormais !

Puis on va au lac Zarivar, entouré par les montagnes. On fait un tour en bateau sur le lac avec la famille ; Hazhin est toute contente !

Je les invite au restaurant le midi pour les remercier du temps qu’ils passent avec moi et des délicieux repas qu’ils m’ont préparé jusqu’à maintenant.

Iran Kurdistan Marivan

Inoubliable

Je repasse une nuit dans leur maison avant de partir le lendemain matin vers Hamedan. Je ne sais pas comment leur témoigner de ma gratitude envers eux… C’était tellement magique ces jours passés au Kurdistan dans leur maison. Des moments forts en émotion que je n’oublierai jamais… C’est l’un des plus gros coup de cœur de ce voyage d’un an tout simplement !

Merci pour tout Ramin, merci à la famille, merci aux Kurdes qui sont des gens extraordinaires…

Iran Kurdistan famille

Kurdistan Libre !


4 commentaires

Chiraz, entre religion et poésie (et du vin) - Y a qu'à rêver · 10 décembre 2018 à 16 h 54 min

[…] place au Kurdistan maintenant, une région à la frontière de l’Irak très peu visitée […]

Mixité religieuse et randonnée à Hamedan - Y a qu'à rêver · 10 décembre 2018 à 17 h 58 min

[…] mon séjour merveilleux et inoubliable au Kurdistan, je reprends la route vers Hamedan, située entre Sanandaj et Téhéran. Ce n’est pas une […]

Wadi Rum - 02/10 et 03/10/2018 - Y a qu'à rêver · 11 décembre 2018 à 14 h 35 min

[…] centaines de personnes incroyables avec un sens de l’hospitalité hors norme en Iran et au Kurdistan ! Me concernant, ce que je retiendrai de ces deux jours au Wadi Rum sont les paysages […]

Téhéran – Du 24/08 au 26/08/2018 - Y a qu'à rêver · 27 décembre 2018 à 14 h 52 min

[…] rencontré Bawar, un iranien originaire de la province du Kurdistan. Il a mon âge et il nous a accompagné dans des endroits cools, notamment Darband. Ce mini […]

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :